Analyse d'une oeuvre: La Belle Rosine
ou Deux Jeunes Filles (1847)

1-Description
2-Analyse
3-Comparaison
4-Synthèse

 
La Belle Rosine, 1847
Musée Wiertz, Bruxelles, Belgique

 
 

Description complète du tableau La Belle Rosine


    Pour pouvoir effectuer une analyse adéquate de La Belle Rosine (aussi appelé Deux Jeunes Filles), cette huile sur toile de 140 par 100 cm, nous devons observer l'oeuvre attentivement.  Premièrement, nous pouvons remarquer les deux éléments principaux de la toile que constituent une jeune femme à droite du tableau et un squelette humain à gauche.  La jeune femme de race blanche aborde une posture debout et fait face au squelette. Elle supporte son avant-bras gauche à l'aide de sa main droite. Cette femme est nue et cache le bas de son corps à l'aide de deux draps, un rouge et l'autre translucide.  Ses cheveux sont relevés en chignon et un petit bouquet de fleures séchées est installé dans sa chevelure.  Pour sa part, le squelette ne possède pas de bras et de jambes.  Il est suspendu par la tête à l'aide d'une chaîne ou d'une corde et fait face à la jeune femme. En dessous du bassin du squelette, nous pouvons remarquer une sculpture d'un pied et d'une tête d'homme.  à droite de la jeune femme, il y a un chevalet avec une inscription au milieu.  Sur cette inscription il est écrit Ebauche / faire bien n'est / qu'une question de temps.  Il y a aussi une étiquette qui se trouve sur le crâne du squelette.  Sur celle-ci il est écrit: La belle / Rosine.  La lumière, dans cette toile, provient du coin supérieur gauche du tableau et éclaire le squelette et la femme de manière à mettre en évidence ces deux éléments qui sont situés dans une atmosphère obscure.  La jeune femme fixe le squelette avec un air mélancolique.  Le bras gauche de la belle femme est au premier plan alors que tout sont corps est positionné de côté tout comme le squelette.
 

La Belle Rosine

 

Analyse du sujet de l'oeuvre


    Antoine Wiertz, lorsqu'il produisit cette oeuvre, désirait confronter avec morbidité la mort et l'érotisme.  Pourquoi avoir choisi ce sujet plus qu'un autre?  La réponse est pourtant bien simple.  Digne de son titre d'artiste Romantique, Wiertz éprouva toute sa vie un sentiment de nostalgie envers le Moyen-âge.  En plus d'admirer l'art baroque de Rubens, il s'intéressa aux sujets morbides abordés dans le Moyen-Âge Gothique.  Les danses macabres, les comparaisons entres la vanité éphémère et la mort et les sujets mystiques sont tous des thèmes que Wiertz utilisera pour peindre ses toiles.  Dans la Belle rosine de Wiertz, le visage et le regard de la jolie femme sont empreints d'un sentimentalisme qui, face aux questions et angoisses existentielles, veut invoquer une mélancolie romantique.
 
 




Comparaison avec The Three Ages of Man (1509)
De Hans Baldung Grien


The Three Ages of Man, 1509
Hans Baldung Grien
La Belle Rosine, 1847
Musée Wiertz, Bruxelles, Belgique
*Autre peinture de Hans Baldung Grien à propos du même sujet


    Pour bien comprendre la structure et les caractéristiques de La Belle Rosine, il est nécessaire de la comparer avec une autre oeuvre qui aborde le même sujet.  Quoi de mieux pour comparer cette oeuvre de Wiertz qu'une toile provenant de la fin du Moyen-Âge?  Premièrement, malgré les apparences, ces deux oeuvres ne portent pas tout à fait sur le même sujet.  L'oeuvre de Hans Baldung représente la mort qui est présente dans les trois âges de l'homme.  En fait, l'artiste tenait à nous rappeler que personne n'est à l'abri de la mort.  Cela concerne autant l'enfant et l'adulte que le vieillard.  Wiertz de son côté, confronte la mort et la beauté dans le but d'afficher, à travers le regard de la jolie femme, un sentiment d'impuissance et d'insécurité envers la vie qui est éphémère.  Ces deux oeuvres développent tout de même l'idée identique que la vanité est éphémère sur terre.  C'est à cause de cette idée commune que ces deux oeuvres nous portent à réfléchir sur la fragilité de la vie sur terre.  De plus, on peut remarquer avec évidence que l'atmosphère de La Belle Rosine est beaucoup plus sombre que dans l'autre oeuvre.  On peut facilement distinguer le paysage dans «The Three Ages of Man» et on peut à peine distinguer quelques éléments du décore de la Belle Rosine.  Les postures sont beaucoup plus statiques et respectent une certaine verticalité linéaire dans la peinture de Wiertz. On remarque aisément la posture contraposto de la femme et l'effet de mouvement que nous procure toutes les courbes dans la toile de gauche.   Tous les personnages nous font face dans cette oeuvre, donnant l'impression que ces personnages sont indépendants l'un de l'autre, contrairement à Wiertz qui peignit les personnages face à face, ce qui met en évidence une atmosphère de confrontation.

Bref:


The Three Ages of Man
La Belle Rosine
1- Le sujet consiste en la vulnérabilité des trois âges de l'homme face à la mort. 1- Le sujet: confront la mort et la beauté dans le but d'afficher, à traver le regard de la jolie femme, un sentiment d'impuisance et d'insécurité envers la vie qui est éphémère.
2- Développe l'idée selon laquelle la vanité est éphémère sur terre 2-Développe l'idée selon laquelle la vanité est éphémère sur terre
3- Paysage atmosphérique 3- Arrière plan sombre
4- Effet de mouvement causé par la présence de plusieurs courbes dans l'oeuvre et du contraposto chez la jeune femme 4- Personnages statiques et respectant une certaine verticalité linéaire
5- Personnages nous font face 5- Personnages présentés de côté

 
 
 
 
 

Synthèse


    Pour conclure cette analyse de La Belle Rosine, voici les motifs qui ont poussé Wiertz à créer cette oeuvre.  Premièrement, Il faut comprendre que cette oeuvre marque les débuts du symbolisme chez Wiertz.  De plus, c'est à partir de ce moment qu'Antoine commence à aborder régulièrement des thèmes morbides.  On peut comprendre facilement sa préférence pour ce type de sujet lorsque l'on constate les multiples obsessions et crises de folies qui l'ont suivit toute sa vie...  De plus, sa plus grande obsession, Rubens, nous permet de comprendre ce goût pour des thèmes provenant du Moyen-Âge. Pour expliquer la forte obscurité présente dans ce tableau, nous avons seulement besoin de nous référer aux études d'arts qu'il a entreprit dès sa tendre enfance.  Sa grande connaissance des artistes du passé lui on sûrement permit d'étudier l'univers sombre et lugubre du Claire-Obscure développé pendant la période Baroque.  Il utilisa du même coups les aspects de cette technique qui lui plaisait pour créer une atmosphère étrange, surréaliste, caractéristique des artistes symbolistes.   Wiertz était un homme très philosophique et essayait, aussi souvent qu'il le pouvait, d'intégrer le fruit de ses réflexions dans ses oeuvres.  Voilà pourquoi il choisit des thèmes à caractère aussi existentiel et profond que l'inquiétude et l'insécurité face à la mort.  Et c'est sûrement pour accentuer le caractère sérieux de son thème qu'Antoine décida de respecter une verticalité assez stricte dans la posture de la jeune dame et du squelette et de leur imposer, du même coups, une allure statique.  Folie et rationnalité, voici les deux mots qui résument bien l'art de Wiertz qui, à travers une oeuvre symboliste teintée de rêve et d'imaginaire, exprimera une idée profonde et rationnelle.