Histoire de Rome
L'Empire
(27 av. J.-C à 476 apr. J.-C.)
Auguste et les empereurs julio-claudiens
LEmpire résulta de la concentration entre les mains dAuguste de lensemble des pouvoirs républicains (voir République romaine). La date de naissance de lEmpire, très controversée, se situerait entre la victoire décisive dOctave, le fils adoptif de Jules César, sur Marc Antoine à la bataille dActium, en septembre 31 av. J.-C., et lobtention de la puissance tribunicienne (voir Tribun) et de limperium majus que le Sénat accorda à Octave en 23 av. J.-C. Le mérite de lempereur est davoir su imposer cette concentration des pouvoirs qui nannihilait pas la tradition républicaine, mais lui permit dassurer le retour à lordre après un demi-siècle de guerres civiles quasi ininterrompues.
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Auguste et les fondements de la Pax romana
LEmpire succéda donc à la République. Auguste, avec le titre de princeps, ou premier des citoyens, maintint théoriquement la Constitution de la république jusquen 23 av. J.-C., date à laquelle il exerça lautorité effective à travers la puissance tribunicienne et le pouvoir suprême sur toutes les armées (ou imperium). Le Sénat conserva le contrôle de Rome, de lItalie et des provinces pacifiées. Les provinces frontalières, où il était nécessaire de maintenir des légions, étaient gouvernées par des légats, nommés et supervisés par Auguste en personne (voir Armées romaines). La corruption et le chantage qui avaient sévi dans ladministration des provinces au cours du dernier siècle de la République furent réprimés, ce qui profita grandement à la prospérité des provinces.
Auguste mit en uvre de nombreuses réformes sociales pour restaurer les traditions morales et lintégrité du peuple romain!; il sefforça de combattre la licence des murs et chercha à rétablir les cultes anciens (voir Romaine, mythologie). Il orna Rome de temples, de basiliques et de portiques, et fit, selon ses propres mots, "!dune cité de briques une cité de marbre!" (voir Romain, art). Pour les Romains, une ère de paix et de prospérité semblait samorcer. La période augustinienne représente lâge dor de la littérature latine, caractérisée par les uvres en vers de Virgile, dHorace et dOvide, ou en prose de Tite-Live, dont la monumentale Histoire de Rome (Ab Urbe condita). (voir Auguste, siècle d).
Les successeurs dAuguste
Avec la mise en place du gouvernement impérial, lhistoire de Rome sidentifie largement avec le règne personnel des empereurs. La question successorale fut lun des points noirs du long règne dAuguste, qui perdit successivement tous les prétendants putatifs. La pratique de ladoption systématique de ses dauphins permit cependant de trouver, en la personne de Tibère, un successeur déjà expérimenté dont la compétence politique avait été éprouvée par lexercice de différentes magistratures au service de lempereur!; Tibère succéda à son père adoptif en 14 apr. J.-C. Grand administrateur, il provoqua cependant laversion et la suspicion générales, en particulier chez les sénateurs, et sappuya essentiellement sur son pouvoir militaire, tenant en alerte à Rome sa garde prétorienne, seules troupes autorisées à lintérieur de la cité!; le préfet de la garde, Séjan, manqua même de le renverser. Tibère fut le premier empereur à séloigner volontairement de la ville, quil gouvernait depuis Capri.
Son successeur fut Caligula, empereur jeune et instable, qui régna de 37 à 41!; les comportements étranges, souvent humiliants pour les sénateurs, de ce personnage extravagant furent peut-être guidés par une conception orientale et théocratique du pouvoir. Plus encore que Tibère, Caligula renforça le culte impérial.
Un complot de sénateurs ayant mit fin au règne de Caligula, le titre impérial passa ensuite à son oncle, Claude Ier, dont le règne (41-54) fut marqué par la conquête de la Bretagne (lactuelle Grande-Bretagne), et qui poursuivit les travaux publics (voir Voies romaines) et les réformes administratives entrepris par César et Auguste. Lettré, consciencieux, probablement soucieux de préserver les institutions mises en place par Auguste et dintégrer les élites provinciales au gouvernement de lEmpire, Claude souffrit des activités de ses deux dernières épouses, Messaline et surtout Agrippine qui finit probablement par le faire empoisonner.
Le fils dAgrippine, adopté par Claude, Néron, commença son règne (54-68) comme un empereur modéré, sous légide éclairée et les conseils du philosophe Sénèque et de Sextus Afranius Burrus (mort en 62), préfet de la garde prétorienne. Son règne correspondit à une consolidation des frontières de lEmpire à la fois en Germanie et en Orient. Très hellénisé, fasciné par lOrient comme Caligula, extrêmement populaire et démagogue, Néron suscita bientôt lopposition des sénateurs, quil soumit à de nombreuses persécutions. Ses excès conduisirent à sa destitution et il se suicida en 68, marquant ainsi la fin de la lignée des empereurs julio-claudiens.
Les Flaviens et les Antonins
Les brefs règnes de Galba, dOthon et de Vitellius entre 68 et 69 furent suivis par celui de Vespasien : cette période est communément appelée " lannée des quatre empereurs ". Cette instabilité montrait une transformation radicale du régime impérial : désormais, les empereurs devaient non seulement être légitimés par le Sénat, mais aussi par les légions, qui accédèrent ainsi à un pouvoir politique réel (voir Armées romaines).
Vespasien et ses fils
Vespasien et ses fils, Titus et Domitien, les empereurs flaviens, revinrent à la cour plus sobre des débuts de lEmpire, tentèrent de restaurer lautorité du Sénat et de promouvoir le bien-être du peuple. Le règne de Vespasien (69-79) fut marqué par la fin de la révolte des juifs, qui aboutit à la destruction du Temple de Salomon et à la seconde grande Diaspora de lhistoire juive (voir Massada). Ce fut sous le règne de Titus (79-81) que se produisit léruption du Vésuve, qui dévasta la région du sud de Naples, dont les villes dHerculanum et de Pompéi. Bien que la littérature fleurît sous le règne de Domitien (81-96), celui-ci se révéla bientôt un tyran cruel et suspicieux, instaurant une période de terreur qui ne sacheva que par son assassinat.
Les Antonins et la Pax romana
Marcus Cocceius Nerva, qui régna de 96 à 98, fut le premier de cinq empereurs, les autres étant Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux et Marc Aurèle (voir Antonins!; Pax romana). Chacun des empereurs fut choisi, puis officiellement adopté par son prédécesseur, pour son habileté et son intégrité. Trajan (98-117) se battit contre les Daces, les Arméniens et les Parthes, et se signala pour son excellente administration. LEmpire atteignit sous son règne son extension extrême. Lauteur satirique Juvénal, lorateur et épistolier Pline le Jeune et lhistorien Tacite furent tous trois des contemporains de Trajan.
Les vingt et un ans du règne dHadrien (117-138) furent une période de paix et de prospérité. En abandonnant certains territoires à lest, Hadrien consolida le reste de lEmpire et stabilisa ses frontières. Le règne de son successeur, Antonin le Pieux (138-161), fut également serein et pacifique. Celui de lempereur suivant, le philosophe stoïcien Marc Aurèle, qui régna (161-180) collégialement avec Lucius Aurelius Verus jusquà la mort de ce dernier en 169, fut troublé par les incursions menées par différentes tribus migrant dans diverses parties de lEmpire.
Les Antonins furent confrontés à lémergence du christianisme qui remettait en question les fondements religieux du gouvernement impérial en refusant le culte de lempereur. Après les voyages de saint Paul au Ier siècle, le christianisme connut un immense succès dabord en Asie, puis en Occident : selon certaines estimations, la moitié de la population dAsie aurait été convertie au christianisme dès le milieu du IIe siècle. Ce phénomène entraîna de la part des empereurs le recours à une répression systématique, qui se traduisit par des persécutions tragiques.
À Marc Aurèle succéda son fils Commode (180-192). Lun des tyrans les plus licencieux et les plus sanguinaires de lhistoire, il fut assassiné. Les désordres du règne de Commode, comme ceux connus sous Caligula ou Néron, traduisaient aussi une mutation du monde romain : son extension et sa richesse en faisaient un pôle dattraction pour tous les peuples avec lesquels il était en contact!; la pression des Barbares saccroissait non seulement aux frontières, ce qui avait amené les Antonins à systématiser la fortification du limes, mais aussi à lintérieur même de lEmpire où, par le commerce et par la participation aux troupes auxiliaires, ils étaient de plus en plus présents. La romanité, qui avait accepté sans difficulté la prééminence du modèle culturel hellénique dès lépoque républicaine, était confrontée à la nécessité absolue dune nouvelle adaptation.
Le déclin et la chute
La pression des Barbares
Les brefs règnes de Publius Helvius Pertinax (193) et de Didus Severus Julianus (193) furent suivis par celui de Lucius Septime Sévère, dorigine syrienne, qui gouverna de 193 à 211!; sa dynastie éphémère compta les empereurs Geta (règne : 211-212), Caracalla (règne : 211-217), Élagabal (règne : 218-222) et Sévère Alexandre (règne : 222-235). Septime était un bon souverain, mais Caracalla était célèbre pour sa brutalité et Élagabal pour sa débauche. Caracalla octroya la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de lEmpire en 212 probablement pour pouvoir lever des impôts dont seuls les citoyens étaient redevables. Son règne et surtout celui dÉlagabale firent lobjet dune exécration véhémente de la part des historiens romains, outrés par lorientalisation de ces empereurs très marqués par les cultes ésotériques dont ils étaient les grands prêtres à Émèse. Alexandre Sévère fut, au contraire, et sans doute par contraste, connu pour sa sagesse et son sens de la justice!; il nen mourut pas moins, comme ses deux prédécesseurs, assassiné.
La période qui suivit la mort dAlexandre Sévère fut extrêmement confuse à Rome et en Italie. Sur les douze empereurs qui régnèrent durant les trente-trois ans qui suivirent, presque tous moururent de mort violente, souvent des mains des soldats mêmes qui les avaient installés sur le trône. Un renouveau de paix et de prospérité se manifesta un temps grâce aux empereurs illyriens, originaires de la région appelée aujourdhui la Dalmatie. Parmi ceux-ci figurent Claude II, dit le Gothique, qui régna de 268 à 270 et chassa les Goths, et Aurélien, qui, entre 270 et 275, battit également les Goths, ainsi que les Germains et Zénobie, reine de Palmyre, qui avait occupé lÉgypte et lAsie Mineure. Lunité de lEmpire était rétablie. Aurélien fut suivi par une rapide succession dempereurs relativement insignifiants jusquà larrivée de Dioclétien, un autre Illyrien, en 284.
Dioclétien et le partage de lEmpire
Bon administrateur, Dioclétien (284-305) introduisit de nombreuses réformes sociales, économiques et politiques. Il supprima les privilèges économiques et politiques dont Rome et lItalie bénéficiaient aux dépens des provinces. Il essaya de maîtriser linflation effrénée en contrôlant le prix des denrées alimentaires et de beaucoup dautres biens de consommation, ainsi que le salaire maximal des travailleurs.
Mais surtout, afin dassurer une administration plus uniforme à travers tout lEmpire et permettre un contrôle plus rapproché sur le limes, il établit un nouveau système de gouvernement dans lequel lui et Maximien (286-305) partagèrent la pourpre. Cette dyarchie fut renforcée par la nomination de deux Césars ou adjoints, Galère et Constance Ier Chlore. Dioclétien contrôlait la Thrace, lÉgypte et lAsie, tandis que Galère, gouvernait les provinces du Danube. Maximien reçut lItalie et lAfrique (voir Afrique, province romaine d), Constance, la Gaule, lEspagne et la Bretagne. Ce système, appelé tétrarchie, créa une mécanique administrative très solide, mais accrut encore la bureaucratie déjà pléthorique du gouvernement, avec quatre cours impériales et leurs officiels pesant dun poids financier énorme sur lEmpire.
Dioclétien et Maximien abdiquèrent en 305, laissant les nouveaux Augustes et Césars dans un conflit débouchant sur des guerres civiles qui ne sachevèrent quavec laccession au pouvoir de Constantin le Grand en 312.
Constantin et les empereurs chrétiens
Constantin (306-337), qui était auparavant devenu César de larmée en Bretagne écarta ses rivaux du pouvoir et réunifia lEmpire romain dOccident. Sa victoire en 324 sur Licinius, empereur dOrient de 308 à 324, laissa Constantin seul maître du monde romain. Le christianisme, qui était apparu sous le règne dAuguste et sétait développé sous ses successeurs, malgré les persécutions, fut décrété par Constantin religion officielle de lEmpire à la fin du IVe siècle.
Mais surtout, Constantin établit sa nouvelle capitale à Byzance, quil reconstruisit comme une nouvelle Rome et rebaptisa Constantinople (aujourdhui Istanbul) en 330. Des raisons de prudence à la fois politiques (le milieu politique romain demeurait à la fois agité et dangereux) et militaires (la menace des peuples germaniques et, les révoltes en Gaule faisaient craindre pour la sécurité romaine) expliquent peut-être ce transfert!; quoi quil en soit, la ville de Rome perdait, pour la première fois depuis près de six siècles, la prééminence sur lespace romanisé.
La mort de Constantin en 337 marqua le début de la guerre civile entre les Césars rivaux, qui se déroula jusquà ce que le seul fils survivant de Constantin, Constance II (337-361), réunifie lEmpire en 353. Il fut suivi de Julien lApostat (361-363), qui doit son nom à son reniement du christianisme, puis vint Jovien qui régna en 363 et 364. Par la suite, lEmpire fut à nouveau coupé en deux. Sous Théodose Ier (qui régna de 379 à 395 en Orient et de 394 à 395 en Occident), lEmpire fut brièvement réuni après la mort de son cosouverain dOccident, Valentinien II (375-392). Trois ans plus tard, toutefois, à la mort de Théodose, lEmpire fut partagé entre ses deux fils, Arcadius (395-408), empereur dOrient, et Honorius (395-423), empereur dOccident.
La dislocation de lEmpire
Au Ve siècle, les provinces de lEmpire romain dOccident étaient rendues exsangues par les taxes levées pour entretenir larmée et la bureaucratie, aussi bien que par les pillages causés par la guerre civile et les invasions barbares. Le partage de lEmpire en deux zones, lune principalement hellénisée dominée par Constantinople, lautre essentiellement romanisée mais où le poids de Rome continuait de décroître, était devenu une réalité à la fois politique et culturelle. Dans un premier temps, la politique de conciliation avec les envahisseurs, nommés à la tête de larmée et de lÉtat, porta ses fruits dans les deux parties de lEmpire!; les Barbares, de plus en plus nombreux, étaient admis à la cour des empereurs.
Progressivement, toutefois, les immigrants venus de lOrient visèrent à la conquête de lOccident. À la fin du IVe siècle, Alaric Ier, roi des Wisigoths, dévasta la Grèce. Arcadius le fit gouverneur de la province romaine dIllyrie dans le but de le neutraliser. En 410, Alaric sempara de Rome, quil pilla. Son successeur, Ataulf (410-415), conduisit les Wisigoths en Gaule et, en 419, le roi wisigoth Wallia reçut de lempereur Honorius la permission formelle de sétablir dans le sud-ouest de la Gaule où il fonda à Toulouse la dynastie wisigothe. Déjà, à cette époque, le contrôle effectif de lEspagne était aux mains des Vandales, des Suèves et des Alains, et Honorius fut obligé de reconnaître leur autorité sur la région.
Au cours du règne de son successeur, Valentinien III, Carthage fut conquise par les Vandales du roi Genséric, tandis que la Gaule et lItalie étaient envahies par Attila et ses Huns. Attila marcha dabord sur la Gaule, mais les Wisigoths, christianisés et déjà à moitié latinisés, lui barrèrent le passage par fidélité aux Romains. En 451, les Wisigoths, commandés par Flavius Aetius, battirent les Huns à la bataille des champs Catalauniques, près de Troyes. Lannée suivante, Attila envahit la Lombardie, mais ne parvint pas à avancer plus au sud. Il mourut en 453. En 455, Valentinien, le dernier descendant de la lignée de Théodose en Occident, fut assassiné. Entre sa mort et 476, le titre dempereur dOccident fut porté par neuf souverains, quoique le pouvoir réel se trouvât aux mains du général Suève Ricimer (mort en 472), dit le Faiseur de rois. Le dernier empereur dOccident, Romulus Augustule (475-476), fut déposé par le mercenaire Odoacre, chef des Hérules, proclamé roi dItalie par ses troupes en 476. Lhistoire de Rome se fondit par la suite avec celle de la papauté, du Saint Empire romain germanique, des États pontificaux et de lItalie. LEmpire romain dOrient, également appelé Empire byzantin, perdura jusquà la prise de Constantinople par les Turcs en 1453.
LEmpire romain fut une construction politique, économique et culturelle dune durée unique dans lhistoire. Pendant trois siècles, un État uniforme contrôla un espace immense. Les infrastructures, les bâtiments, la religion, les institutions politiques, les pratiques culturelles, tout cela fut influencé, sinon modelé, par la puissance romaine. Si le prix à payer fut la soumission à lempereur, le résultat fut, pendant deux siècles au moins, la réalité dune paix qui permit à tout lEmpire daccéder à une certaine prospérité.