Peinture et mosaïque
La peinture romaine
Nous avons une bonne connaissance de la peinture
murale. Léruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. a
conservé à Pompéi,
Herculanum, Stabies, Oplontis, un trésor
de fresques, regroupées en quatre styles, dont la classification
a été étendue à lensemble de la peinture romaine.
Le premier et le deuxième style
- Le "premier style", "style à
incrustation", en usage de 120 à
80 av. J.-C., se rattache à une tradition
formée en Grèce à lépoque classique et
développée dans le monde hellénistique. Lenduit
de stuc imite, par la couleur et par le relief, la
construction ou le placage en marbres précieux. La
version romaine se caractérise par la hauteur du socle
et la présence déléments verticaux ou pilastres
(maison de Salluste, Pompéi).
- Le "deuxième style", "style
architectonique", domine de la fin du IIe siècle
av. J.-C. à 20 av. J.-C. environ; la
villa des Mystères à Pompéi, celle de Fannius Synistor
à Boscoreale et la villa dOplontis en conservent
les réalisations les plus remarquables en Campanie!; il
est illustré à Rome par les décors de la maison
dAuguste (v. 30 av. J.-C.). La paroi
semble reculer, puis souvrir sur des architectures
et des paysages sacrés représentés comme des décors
de théâtre. Toutes les ressources de la peinture
scénique sont mises en uvre dans ces décors
illusionnistes : convergence des lignes vers un axe,
sinon vers un point de fuite unique, clair-obscur,
atténuation de la couleur par la distance.
- Ces évocations conviennent à la mise en scène
de la vie des grands, notamment les tholos liées à la
royauté, et permettent à limagination de
sévader dans une autre réalité.
- La célèbre frise de la villa des Mystères, qui
déroule ses grandes figures tout autour dune
pièce, rappelle linitiation de la matrone aux
mystères dionysiaques et mélange les éléments humains
et le monde divin.
Le troisième et le quatrième style
- Une réaction samorce dans les peintures de
la villa sous la Farnésine, à Rome
(20-10 av. J.-C.)!; des tableaux remplacent les
échappées lointaines.
- Dans le "troisième style", la paroi
redevient opaque; les éléments architecturaux, grêles
et décoratifs, la divisent en panneaux qui portent des
tableaux et de multiples ornements raffinés.
- Les peintures de la villa de Boscotrecase
(10 av. J.-C. ou 20 apr. J.-C.)
offrent le meilleur exemple de ce style élégant,
caractéristique de lépoque dAuguste. La
maison de Lucretius Fronto à Pompéi
(v. 50 apr. J.-C.) permet de constater une
évolution; les peintures du tablinum montrent une
surcharge dornements, de tableaux, de figures, de
couleurs contrastées rouge et
noir et la réouverture de la paroi, dans le
haut, sur des agencements en perspective.
- Formé vers 50 à Rome, le "quatrième
style" dure jusquà 90 environ. Éclectique,
il combine plusieurs conceptions quillustrent le
décor de la Domus Aurea de Néron, conçu par Fabullus,
et quelques parois de Pompéi peintes entre le
tremblement de terre de 62 apr. J.-C. et la
destruction finale.
- Le corps de la paroi souvre au milieu et
dans le haut, sur des architectures non pas inspirées de
la réalité comme celles du deuxième style, mais
fantastiques et peuplées de silhouettes. Ces effets
illusionnistes coexistent avec une tendance décorative
issue du "troisième style", qui explique la
présence de grands panneaux, parfois rouges, rehaussés
de tableaux, comme à la maison
des Vettii à Pompéi.
- La peinture postérieure, dont on a des exemples
à Ostie, transforme les compositions anciennes en un
décor linéaire. Au IIe siècle
apr. J.-C., le "style cadre" se répand, y
compris dans les catacombes.
- Des tableaux sont représentés au sein des
architectures peintes sur les parois; ils nous donnent
une idée de la peinture de chevalet disparue. Ils
traitent des sujets mythologiques ou dautres
thèmes : paysages, jardins, natures mortes, scènes
populaires, grotesques, portraits.
- La peinture pompéienne comporte quelques portraits,
parfois idéalisés, comme la tête dite "de
Sappho" en raison dun nécessaire à écrire
qui désigne une bourgeoise lettrée.
- Le seul portrait dempereur conservé
représente Septime Sévère et sa famille (Staatliche
Museen, Berlin).
La mosaïque
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| Alexandre le
Grand |
Un chat
Mosaïque murale |
- La mosaïque a rencontré un grand succès dans
lEmpire romain.
- Elle décore les sols, mais aussi les parois et
les voûtes à partir du Ier siècle
apr. J.-C., et se rencontre dans les maisons, comme
dans les bâtiments publics.
- On la réalise en enfonçant dans du ciment des
tesselles, pièces cubiques en matériaux colorés divers
(pierre, terre cuite, verre, etc.).
- Lopus tessellatum
est moins fin que lopus
vermiculatum, dont le nom indique
que les tesselles, petites, parfois taillées à la
demande, suivent les formes représentées en lignes
sinueuses. Grâce à cette technique, la mosaïque peut
imiter la peinture, soit que les mosaïstes copient des
tableaux, soit quils créent des compositions
originales.
- Les Colombes sur la vasque
de la villa Hadriana (v. 100 apr. J.-C.;
Rome, Museo Capitolino) reproduisent avec habileté une
création célèbre dun mosaïste de Pergame nommé
Sôsos (IIe siècle
av. J.-C.), mais la Bataille
dAlexandre contre Darius de la
maison du Faune
à Pompéi (Naples, Museo
Nazionale), qui copie un tableau hellénistique, est le
chef-duvre de la mosaïque picturale.
- Natures mortes, poissons, paysages, chasses et
même portraits, les sujets traités en mosaïque sont
nombreux.
- Ces tableaux, dont les plus élaborés étaient
fabriqués au préalable en atelier, sinséraient
généralement dans des pavements décoratifs. Les plus
nombreuses, dailleurs, décorent les sols comme des
tapis, à laide essentiellement dornements et
de motifs stylisés, réunis dans des bordures et des
compositions géométriques.
- La mosaïque a connu un développement important
au IIe siècle
apr. J.-C., à travers des écoles différentes.
Dans la région de Rome a régné un style qui détache
les figures en noir sur un fond blanc, représenté, par
exemple, aux thermes de Neptune à Ostie (v. 140).
La tendance picturale a prévalu en Orient, notamment à
Antioche doù provient la mosaïque du Jugement
de Pâris du musée du Louvre
(v. 115 apr. J.-C.). LAfrique a
livré des pavements polychromes moins picturaux et
fragmentés en panneaux conçus pour plusieurs points de
vue. Les sujets sont pris dans la vie courante :
chasses, jeux, préparatifs de banquet comme dans un
grand pavement de Carthage
(V. 180 apr. J.-C.!; Paris, musée du
Louvre). Des influences africaines marquent les
mosaïques aux figures inexpressives, arrêtées dans
leur mouvement, de la villa de Piazza Armérina en Sicile
(v. 320-330 apr. J.-C.).
- Lopus sectile
assemble des éléments découpés dans des plaques de
marbre de couleurs variées en compositions décoratives
ou même figurées et se répandent dans la décoration
murale au IVe siècle
apr. J.-C. De telles marqueteries luxueuses ornaient
la basilique de Junius Bassus à Rome
(331 apr. J.-C.).