L'art funéraire
romain
Tombeaux
- Les tombes sont
généralement situées hors des villes, au bord des
routes.
- Elles se
présentent sous des formes variées qui reflètent les
goûts, les préoccupations et le statut social de leurs
commanditaires, et parfois des traditions locales
particulières; le mode densevelissement,
dinhumation ou dincinération, a également
une importance. Il est question ici des tombes
construites et de tous les "monuments
funéraires", qui pouvaient être de simples stèles
ou des autels.
- Deux types
prédominent : la rotonde dallure massive,
auparavant employée chez les Étrusques, et la
construction élancée, magnifiée auparavant dans le
monument funéraire du roi Mausole (milieu du IVe siècle
av. J.-C.), à Halicarnasse; lappellation
mausolée, donnée à une sépulture imposante quel que
soit son aspect, vient de ce tombeau, qui figurait parmi
les Sept Merveilles du monde.
- Lempereur
Auguste se fit construire (32-28 av. J.-C.),
sur le Champ de Mars, à Rome, un mausolée cylindrique
de 87 m de diamètre et presque 40 m de
hauteur, contenant les chambres funéraires destinées à
lempereur et à ses successeurs, et couronné
dun tertre ou poussaient des arbres; il signifiait
lattachement de lempereur à la tradition
italique, le rapprochant aussi des héros de
lépopée homérique enterrés sous un tumulus.
Moins grosse, la rotonde du mausolée dHadrien
(135-139 apr. J.-C.), devenue le château
Saint-Ange, portait un revêtement de marbre somptueux,
des statues à son sommet et dautres sculptures.
- Le mausolée de la
famille des Julii de Saint-Rémy-de-Provence, ancienne
Glanum (entre 30 et 20 av. J.-C.), présente au
contraire une forme en tour!; un soubassement carré,
sculpté, porte un arc quadrifront que surmonte un petit
temple circulaire abritant les statues des défunts.
- Parallèlement,
apparaissent des monuments originaux, par exemple, à
Rome, la pyramide de C. Cestius (époque
dAuguste), inspirée de lÉgypte, et le
monument dEurysaces (fin du Ier siècle
av. J.-C.), boulanger enrichi, décoré de trous,
qui imitent sans doute des mesures à blé, et de reliefs
montrant la fabrication du pain. Seuls les riches
pouvaient soffrir de tels monuments.
- Pour les autres,
il existait dinnombrables tombes collectives, comme
celle quavait fondée à Rome Pomponius Hylas
(seconde moitié du IIe siècle
apr. J.-C.) ou celle des affranchis des
Julio-Claudiens. Ce sont des hypogées (aménagements
souterrains) voûtés comportant des niches, souvent des
centaines, où étaient déposées les urnes
cinéraires!; la ressemblance avec des pigeonniers
explique leur nom : columbaria.
- Les premiers
chrétiens de Rome enterraient leurs morts dans des
souterrains, les catacombes, mais ne pratiquaient pas la
crémation. Certains secteurs de lempire, ou soumis
à linfluence romaine, se caractérisent par des
formules particulières, comme les tours renfermant des
columbaria de la région de Palmyre (Syrie); à Pétra
(Jordanie), des chambres mortuaires sont creusées
dans des falaises et présentent des façades très
élaborées, à limage des palais hellénistiques
dAlexandrie, sculptées dans la roche naturelle.
Reliefs funéraires et sarcophages
- Le relief joue un
grand rôle dans lart funéraire, comme complément
de larchitecture et sur dautres supports
comme les autels, les piliers, les stèles et les
sarcophages, où la sculpture, parfois, tend à passer au
premier plan.
- Modestes ou plus
ambitieuses, les stèles funéraires présentent de
grandes différences dune région à lautre
de lempire dans la forme, les thèmes et
lorganisation du décor, et dans le style, intense
à Aquilée (Italie), schématique à Antioche (Syrie),
"barbare" dans la Dobroudja (ancienne Mésie,
sur la mer Noire).
- La production la
plus intéressante de reliefs funéraires est constituée
par le décor des sarcophages qui se multiplient à
partir du IIe siècle apr. J.-C., quand
linhumation, pratiquée jusque-là dans
laristocratie, tend à remplacer
lincinération pour les classes moyennes.
- Ils étaient
taillés dans le marbre blanc, matériau de
prédilection, ou dans des pierres moins coûteuses, et
ensuite rehaussés de couleurs, mais certains étaient en
pierre colorée, comme les sarcophages en porphyre rouge
de la famille de lempereur Constantin (musées du
Vatican).
- Les grands centres
de fabrication se situaient à Rome, à Athènes, qui
déclina après linvasion des Hérules
(267 apr. J.-C.), et en Asie Mineure où le
principal atelier se trouvait à Dokimeion, en Phrygie.
- Les sarcophages
ont été lobjet dun important commerce. Les
clients choisissaient dans des stocks ou sur des
catalogues. Le décor, varié, fait souvent intervenir
des représentations figurées, inspirées de la
mythologie et de la réalité; la plupart exprimaient une
conception de limmortalité, mais leur
signification précise ne nous apparaît pas toujours
clairement.
- Seule la face
principale des sarcophages fabriqués en Italie était
sculptée avec soin car ils devaient être placés contre
un mur.
- Ils sont le plus
souvent décorés de tableaux ou de grandes figures,
comme les sarcophages attiques qui se distinguent par
leur qualité. Sur les plus anciens
(v. 120 apr. J.-C.) apparaissent des
guirlandes et des représentations mythologiques,
notamment inspirées de tragédies grecques.
- Les sarcophages
plus récents évoquent des épisodes de la vie du
mort : enfance, mariage, dune manière
directe, mais aussi en sinspirant des reliefs
consacrés aux empereurs. Le sarcophage de Portonaccio,
près de Rome (Rome, Museo Nazionale!;
180-190 apr. J.-C.) représente une grande
bataille qui mêle Romains et Barbares.
- Liconographie
mythologique fait une large place à Dionysos, ou à
Bacchus, qui assurait aux initiés le bonheur dans
lau-delà; sur un sarcophage du Louvre, on note que
le visage dAriane, la compagne du dieu, est laissé
brut pour être sculpté aux traits de la destinataire,
de même quun buste.
- Le cortège des
Néréïdes et dautres êtres marins voguant vers
lîle des Bienheureux évoquent le voyage de
lâme. Tandis que les Muses, qui interviennent
dabord comme garantes de limmortalité, sont
associées dans des scènes tardives à une conception
spirituelle de lau-delà; lhomme instruit (mousikos
aner) aspire à une communion avec
les philosophes et les poètes.
- Les sarcophages
asiatiques se présentent comme des "demeures
éternelles". Sur certains, un décor architectural
imite des façades de palais dont les colonnades abritent
des personnages, des dieux et des héros, que le défunt
a rejoints!; il est cependant représenté sur le
couvercle, endormi sur une riche couche.